LES MÉNINGOCOCCIES

La méningococcie est une maladie infectieuse transmissible due au méningocoque. De transmission interhumaine, elle provoque le plus souvent une méningite. Elle sévit sous forme d’épidémies redoutables dans les zones tropicales surtout en Afrique noire.

Dès les débuts du Corps de santé colonial, se fondant sur les découvertes antérieures, les pasteuriens coloniaux contribuent à une meilleure connaissance du méningocoque et de ses modes de transmission. Tandis que les flambées épidémiques se raréfient en Europe et en Amérique du Nord, l’Afrique noire ainsi que l’Amérique du Sud apparaissent comme des terres d’élection de ces méningites. Les premières études épidémiologiques permettent l’identification d’une zone soudano-sahélienne qualifiée de "ceinture méningitique" par Lapeyssonnie*.

Le traitement ne devient efficace qu’après l’avènement des sulfamides et des antibiotiques. La première vaste campagne sur le terrain montre l’efficacité d’un vaccin bien toléré. Le laboratoire de microbiologie du centre de recherches du Pharo est agréé par l’OMS depuis 1965 en qualité de centre de référence pour le méningocoque.

Une stratégie d’approche des foyers ruraux et urbains est mise au point. Elle aboutit aujourd’hui à une prévention efficace.





LA MÉNINGITE

La maladie est individualisée en 1805 par le Suisse Vieusseux, à Genève. La ponction lombaire, réalisée pour la première fois par Quincke en 1890, permet de prélever et d'étudier le liquide céphalo-rachidien (LCR), purulent et riche en méningocoques. Ce geste est indispensable pour confirmer le diagnostic.

Les signes de la maladie n’offrent aucune originalité sous les tropiques. Le même âge de prédilection est observé : près de la moitié des malades ont moins de 5 ans et plus des trois quarts moins de 21 ans. Cependant, outre-mer, le classique syndrome méningé avec fièvre, vomissements et raideur de la nuque doit être distingué de l’accès palustre. Les formes hémorragiques, gravissimes en Europe, sont exceptionnelles en Afrique.

Une méningite déclarée avec présence de méningocoques dans le LCR non traitée est toujours mortelle.


Ponction lombaire




LE MÉNINGOCOQUE ET SON MODE DE TRANSMISSION

Découvert en 1887 par Weichselbaum, le méningocoque est un microbe exclusivement humain dont la propagation est interhumaine, par transmission aérienne. La contamination se fait par inhalation au voisinage de tousseurs porteurs du microbe dans leur pharynx. Chez le nouvel hôte, le méningocoque s’installe au début en saprophyte silencieux et inoffensif du pharynx. Cependant, à l’occasion, chez certains sujets, sans raison connue, il peut devenir virulent et infecter les méninges enveloppant le cerveau et la moelle épinière.

Dès 1913, Dopter, médecin militaire français, constate la présence fréquente de méningocoques dans le rhino-pharynx de sujets sains - dits porteurs sains -. Il découvre aussi la pluralité des méningocoques qu’il classe alphabétiquement.

Il y a beaucoup plus de "porteurs sains" que de méningitiques. Les enquêtes réalisées par les médecins coloniaux montrent qu’en Afrique, ces porteurs sains représentent 10 à 20 % de la population. Selon Causse*, on observe un cas de méningite pour 1 500 à 3 000 porteurs sains. Le "réveil" du microbe est favorisé par la saison sèche, nez et gorge étant irrités par un vent chaud et sec, l’Harmattan, chargé de poussières et de sable.

Les épidémies qui surviennent tous les 8 à 10 ans sont probablement dues à la conjonction de facteurs environnementaux, à la diminution d’une immunité collective, à l’introduction de souches nouvelles : des études antigéniques ont permis de décrire 12 types de méningocoque dont 5 provoquent plus de 80 % des infections. Une épidémie déclarée se propage très vite.





L’ÉPIDÉMIOLOGIE DE LA MÉNINGITE

 

Dès 1899, Marchoux* rapporte la présence de "méningites épidémiques" au Sénégal En 1916, Commes* au Soudan et Arlo* en Guinée signalent des faits identiques. A cette époque, les épidémies se succèdent en Europe et en Amérique du Nord, surtout en milieu militaire au point que Dopter avance en 1918 : "Les foyers qui se développent dans les régions chaudes du globe sont en réalité exceptionnels. La méningite est avant tout une infection des pays froids et tempérés". Pourtant, ces grandes bouffées épidémiques s’effacent en Occident tandis que d’autres vagues, très meurtrières assaillent l’AOF. Entre 1921 et 1924, Braud* rapporte 4 000 victimes à Zinder (Niger), 15 000 décès en Haute-Volta, et 46 000 au Soudan.

Deux particularités épidémiologiques frappent les médecins coloniaux : l’aire géographique de prédilection et le caractère saisonnier des flambées.

Dessinant une bande soudano-sahéliennes allant de la Mer Rouge au Sénégal, l’aire du méningocoque intéresse une dizaine de territoires très peuplés. Dans cette zone, les foyers épidémiques s’allument et s’éteignent, sans forcément de relations évidentes entre eux.


Zones géographiques des épidémies de méningites cérébrospinales à méningocoques.
En Afrique, elles sont appelées ceinture de la méningite

Au cours de l’épidémie de 1937-38, Grosfillez* et Lefebvre* rapportent l’existence de 600 foyers de méningite au Niger avec 5 600 cas et une mortalité supérieure à 50 %. Par contre, on ne compte que 20 à 30 cas sporadiques dans les autres colonies de la fédération d’AOF, 5 cas à Madagascar et 49 en Indochine. Dans le même temps, en AEF, le Tchad et l’Oubangui-Chari subissent une violente épidémie de 5 000 cas avec une mortalité de près des deux-tiers.

En 1963, Lapeyssonnie*, au cours d’une mission OMS, propose de dénommer "ceinture de la méningite" cette large bande du continent africain où sévissent les épidémies les plus fréquentes et les plus redoutables. De nos jours, une seconde ceinture africaine s’ébauche au Sud de l’Équateur (Mozambique, Zambie, Kenya… ).


L. LAPEYSSONNIE




LE TRAITEMENT

Jusqu’à l’avènement des sulfamides, en 1939, la mortalité est effroyable. En 1938, les instituts Pasteur d’outre-mer proposent un "sérum antiméningococcique" administrable par voie générale (sans grande efficacité en AEF) ou par voie intrarachidienne (avec quelques résultats positifs au Niger). Des sels d’or et autres médicaments sont essayés… Autant d’échecs !

Le premier sulfamide, le Septoplix, change le pronostic. Ensuite, d’autres sulfamides, d’abord d’action rapide puis d’action lente, sont découverts et utilisés. Les derniers sont utilisables en prise unique. A condition d’intervenir dans les premières 48 heures, la guérison est quasi-assurée grace à une injection unique de sulfamide-retard. Lapeyssonnie*, Chabert*, Pirame* le démontrent en 1961-62 en Haute-Volta.

Puis viennent les antibiotiques qui prennent la relève des sulfamides, discrédités, et rendus moins efficaces par l’apparition d’une sulfamido-résistance des méningocoques. A partir de 1975, le traitement de masse consiste en une injection unique de chloramphénicol en solution huileuse.




LE VACCIN


Vaccination

Protéger la population en cas d’épidémie s’impose comme une évidence et le meilleur moyen connu est, depuis Jenner, la vaccination.

Très tôt , les instituts Pasteur de Dakar et de Brazzaville, étudient la réalisation de vaccins. Une préparation de Saleun* et Ceccaldi* est utilisée en 1938 en Oubangui et au Tchad. Les résultats sont inconstants et éphémères; de violentes réactions d’intolérance sont à déplorer. L’hypothèse est émise que le facteur immunisant, un composé de la capsule du microbe (un polyoside), pourrait être en quantité insuffisante dans les doses utilisées, comme cela avait été démontré pour d’autres microbes. Préparé sur ces bases, un vaccin moderne d’excellente qualité, est mis au point par des chercheurs américains.

En 1972, disposant d’une quantité suffisante préparée par l’institut Mérieux, une campagne de vaccinations au cours d’épidémies au Mali et en Haute-Volta, est couronnée de succès. La validation la plus éclatante de ce vaccin sera enregistrée lors de l’épidémie du Brésil en 1974. Grace à un dispositif gigantesque, onze millions de doses sont injectées en cinq jours dans la mégapole de Sao-Paulo. En un mois, tous les Brésiliens sont vaccinés et une épidémie qui sévissait depuis deux ans est jugulée.

Le vaccin antiméningococcique est entré dans la routine. Il est employé en Afrique en vaccinations de masse pour juguler une flambée épidémique alarmante. Telle est, pour l’instant, la politique de l’OMS.




LA PROPHYLAXIE DE LA MÉNINGITE

Le caractère "explosif" des épidémies de méningites, leur survenue dans des zones rurales mal équipées sur le plan médical, l’extrème dispersion des habitants, les taux de mortalité qu’elles entrainent en l’absence de traitement ont amené le Corps de santé colonial à édicter un certain nombre de mesures dont la nature et surtout l’efficacité ont varié au cours du temps, selon les progrès de la thérapeutique. Aussitôt informés, les services d’hygiène de la ville ou du territoire interviennent par deux sortes de mesures, collectives et individuelles.

Mesures collectives :

- interdiction des rassemblements de populations (marchés, pélerinages…),
- fermeture des écoles,
- interdiction des déplacements,
- isolement des malades dans des cases de traitement ou des "lazarets" dans les villes,
- à partir des années 1970, vaccination de la population par des équipes mobiles.

Mesures individuelles (variables suivant les époques) :

- traitement des malades par les personnels disponibles selon des schémas standards,
- traitement des suspects dits traitements présomptifs,
- chimioprophylaxie par sulfamides ou antibiotiques pour les sujets-contacts (famille, camarades…)

En général, au bout de 3 à 4 semaines, le nombre de nouveaux cas diminue et il s’écoule plusieurs années avant que le même village connaisse une nouvelle épidémie.



Pour en savoir plus :

- Lapeyssonnie L. : La méningite cérébro-spinale en Afrique. Bull. OMS 1963,28 suppl. 114 p.
- Lapeyssonnie L. : Méd. Trop. 1968,28,6,709-720.
- Lapeyssonnie L. Vandekerkove M. Causse G. : Rev. Hyg. Med. Soc. 1969,17,7,585-596.
- Lapeyssonnie L. : Stratégie d'emploi de vaccin anti-méningococcique. 1° séminaire international sur les vaccinations en Afrique. Fondation Mérieux Edit. 1975.
- Bull. Soc. Path. Exo. 2002,65,5,307-330. Numéro entier : Hommage au Médecin Général Lapeyssonnie.


Page publiée le 11/01/2017.