LES HÔPITAUX COLONIAUX

Les premiers hôpitaux sont fondés par des médecins de marine en service colonial. Ils sont destinés aux militaires et aux fonctionnaires, français et autochtones. A coté de ces organismes publics, des missions chrétiennes et des oeuvres caritatives créent, comme à Hanoi ou Tananarive, des hôpitaux et des maternités destinés aux populations indigènes.

Sous la troisième République, le nombre croissant de fonctionnaires et de militaires, les besoins des populations autochtones, nécessitent la création d’autres formations fixes et notamment d’hôpitaux.

Le schéma d’évolution de ces établissements est partout le même. En quelques décennies est réalisé un véritable maillage hospitalier. Chaque capitale et chaque ville importante sont dotées d’un grand hôpital vers lequel se font les évacuations sanitaires du territoire. Certains de ces établissements acquièrent une réputation internationale. Parmi eux, l’hôpital De Lanessan à Hanoi, l’hôpital Grall à Saigon, l’hôpital Girard et Robic à Tananarive, l’hôpital Principal à Dakar, l'hôpital Mahosot au Laos, l'hôpital colonial de Pondichery.

Le fonctionnement de ces hôpitaux est original et assuré par le Corps de santé colonial assisté des différents personnels autochtones, en particulier médecins et pharmaciens auxiliaires. Les installations et les plateaux techniques se perfectionnent en suivant le progrès médical mais avec un décalage dans le temps, essentiellement dû à des contraintes financières.

L’évolution de ces formations après les indépendances est variable.





LES PREMIERS HÔPITAUX DES COLONIES

Dès le premier domaine colonial, sont créés, au Canada et à Saint Domingue, les premiers hôpitaux du Roi. Ces établissements sont "concédés" à un ordre religieux qui les dirige et assure leur gestion tandis que la partie technique est dévolue à des médecins, chirurgiens et apothicaires brevetés par le roi.

Dans les territoires comme la Guyane et le Sénégal, ayant appartenu aussi à la deuxième vague de la colonisation française, on trouve, encore de nos jours, des établissements pluricentenaires.

Ainsi, la ville de Cayenne, fondée en 1612, compte, en 1698, un "hangar recouvert de feuilles de palmiers, pompeusement appelé l’hôpital" (A. Henry). Détruit par un incendie, un bâtiment en dur le remplace en 1727. Il est confié aux religieuses de Saint Paul de Chartres. Un hôpital de 180 lits est construit en 1777 qui, en 1950, prend le nom de Jean Martial*. Il dresse encore son fronton sur la place des Palmistes.

Un hôpital militaire existe à Saint Louis du Sénégal en 1786. Il sera reconstruit en 1827 et fonctionne encore aujourd'hui. Confié d'abord aux médecins de marine, puis au Corps de santé colonial, il est transféré au Sénégal en 1960 et du personnel militaire français y servira pendant encore trente ans.




LA NÉCESSITÉ DE CRÉATION D’HÔPITAUX COLONIAUX

L’empire français, étendu sur les cinq continents, nécessite la présence toujours plus nombreuse de fonctionnaires civils dans les structures administratives et de militaires responsables de la sécurité.

La création d’hôpitaux performants s’avère d’autant plus nécessaire qu’à cette époque, les rapatriements par bateau pour cause de maladie grave sont longs et, dans la plupart des cas, ne sont même pas envisagés. Il est même institué sur place des centres de repos dans les régions plus fraîches et moins débilitantes (Ethiopie, Fouta-Djalon en Guinée, Dalat en Annam).

A côté de cette population d’origine métropolitaine, les populations autochtones sont de plus en plus nombreuses au fur et à mesure de l’extension de l’empire et de leur démographie ascendante. Il n’existe pour elles, à cette époque, ni structures hospitalières ni maternités publiques.

Le moment est donc venu, à la fin du XIX° siècle, de construire et structurer des hôpitaux dans les colonies. Le personnel médical est fourni par le Corps de santé colonial, récemment créé. Des auxiliaires autochtones sont formés. L’ère pasteurienne est le prélude de grandes découvertes qui révolutionnent la médecine sous les tropiques. Les hôpitaux coloniaux travaillent en lien étroit avec les instituts Pasteur où s’effectue une recherche de pointe dans ce domaine.

En quelques décennies, dans les grandes villes, ces hôpitaux coloniaux n’ont rien à envier à certains hôpitaux de métropole.


Hôpital Ballay à Conakry (Guinée)





LE SCHÉMA GÉNÉRAL D’ÉVOLUTION DES HÔPITAUX DES COLONIES

Au temps des opérations militaires, des installations sommaires ou de fortune accueillent malades et blessés graves : postes de secours, hôpitaux flottants de campagne.


Hôpital Adolphe Sicé à Pointe Noire 1956

A l’heure de la pacification, l’hôpital est un facteur de confiance des indigènes, en même temps qu’il accueille et sécurise la population européenne ainsi que les militaires et fonctionnaires autochtones. Des formations fixes de mieux en mieux équipées sont dénommées ambulance, formation sanitaire, enfin hôpital.

Ce dernier palier est atteint lorsque sont remplis deux critères : d’une part l’admission des patients dans des locaux d’hébergement aménagés, d’autre part une médecine de qualité rehaussée par l’affectation de personnels spécialisés disposant d’un plateau technique plus sophistiqué.

L’évolution est progressive. Les débuts sont modestes : deux médecins, l’un chargé de la médecine, l’autre de la chirurgie (le plus gradé est médecin-chef de l’établissement), un pharmacien, un officier-gestionnaire, quelques sous-officiers auxquels se joignent des autochtones de plus en plus nombreux et de mieux en mieux formés. L’hôpital comporte nécessairement une salle d’opération, une maternité, un laboratoire, un quartier d’aliénés… mais aussi la cuisine, la lingerie, le garage…

L’arrivée du courant électrique révolutionne les conditions de travail : les interventions chirurgicales se font sous un scialytique, les autoclaves et les étuves se modernisent… Plus tard, la radiologie, la réfrigération et la chaîne du froid, enfin la climatisation des locaux transforment l’exercice médical.

Au début, l’intitulé des services reste militaire : service des fiévreux et des contagieux pour la médecine, service des blessés pour la chirurgie. La qualification des personnels se précise.

Après le Second Conflit mondial, la plupart des hôpitaux sont rénovés, d’autres sont construits. Des unités spécialisées apparaissent : pédiatrie, pneumologie, gynécologie…

Des contractuels civils sont recrutés; ils sont peu nombreux et occupent notamment des postes de maîtresse sage-femme ou de chirugien-dentiste.


Salle d'opération de l'hôpital de Libreville

Une attention particulière est accordée aux besoins des autochtones indigents, ressortissant de l’assistance médicale indigène, gratuite. Le plus souvent, comme à Bamako, Conakry…, ils sont admis dans des services ou pavillons particuliers. Dans les grandes capitales, un second hôpital général est construit pour eux, par exemple à Dakar, à Tananarive, à Pnom-Penh, à Saigon. Ces hôpitaux sont également tenus par le service de santé colonial.




LE RÉSEAU DES HÔPITAUX COLONIAUX

L’implantation des hôpitaux dans l’empire colonial français est rapide. En 1900, on dénombre 30 hôpitaux centraux et secondaires, 80 "ambulances" soit 6000 lits ouverts. Les deux hôpitaux les plus anciens ont été fondés par la Marine, à Saigon en 1873 et à Dakar en 1890.

Ces hôpitaux présentent en général une structure pavillonnaire. Ils sont installés dans la verdure; les jardins tropicaux qui les entourent leur donnent un cachet particulièrement agréable. Les constructions récentes sont plus ramassées, tendant vers le monobloc, à l’architecture moins engageante et au fonctionnement plus aléatoire, tributaire des ascenseurs et de la climatisation, coûteux en énergie et en maintenance. A proximité de ces hôpitaux, fonctionnent habituellement une école d’infirmiers et une école de sages-femmes.

Au moment des indépendances, le Corps de santé colonial fait fonctionner 41 hôpitaux parmi lesquels :

- en Extrême-Orient :

Hanoi : hôpital de Lanessan et hôpital Yersin*
Saïgon : hôpital Grall*
Vientiane : hôpital Mahosot
Phnom Penh : hôpital Calmette*

- en Océanie

Nouméa : hôpital Bourret*
Papeete : hôpital Mamao

- aux Antilles-Guyane

Fort de France : hôpital Clarac*
Cayenne : hôpital Jean Martial*

- en Inde

Pondichéry : Hôpital général


Centre hospitalier de Nouméa - Hôpital Gaston Bourret

 

- à Madagascar

Tananarive : hôpital Girard*-Robic* et hôpital Befelatanana
Tamatave : Hôpital colonial
Diego Suarez : Hôpital colonial
Mahajunga : Hôpital colonial

- en Afrique noire

Dakar : hôpital Principal et hôpital Le Dantec*
Saint Louis : Hôpital colonial
Bamako : hôpital du Point G
Abidjan : Hôpital central et hôpital de Treicheville
Grand Bassam : Hôpital colonial
Conakry : hôpital Ballay*, médecin devenu gouverneur, mort de fièvre jaune.
Douala : hôpital La Quintinie et hôpital général
Brazzaville : Hôpital général
Pointe Noire : hôpital Sicé*
Djibouti : hôpital Peltier* et hôpital Bouffard*


Hôpital de Saint-Louis du Sénégal (1985)

- Le cas particulier de la métropole

L'hôpital d'instruction prévu par les textes de création de l'école d'application de Marseille n'a jamais vu le jour. En 1909, devant l'afflux des blessés, victimes de la guerre du Maroc, des services cliniques de l'hôpital militaire Michel Lévy de Marseille sont "cédés" aux troupes coloniales. Les nouveaux agrégés, spécialistes et assistants de ce Corps de santé en assurent la direction et le fonctionnement en même temps que la formation pratique et clinique des nouvelles promotions de médecins coloniaux. En 1963, l'hôpital Michel Lévy est fermé et le nouvel Hôpital d'Instruction des Armées A. Laveran assure la continuité en matière de traitement des affections tropicales. Le dipôle marseillais "Ecole du Pharo-Hôpital Laveran" constitue la référence en médecine tropicale au sein des Armées.


- Quelques grands hôpitaux coloniaux sont particulièrement connus :

L'HÔPITAL LANESSAN - HANOÏ

Inauguré en 1894 par De Lanessan, gouverneur général de l’Indochine et ancien médecin de marine, l’hôpital de Hanoi présente à l’origine 450 lits. Sa capacité passe rapidement à 500 lits. Il prend le nom de Lanessan en 1928 et devient l’hôpital d’Indochine possédant le plus important plateau technique. A la création de l’école puis de la faculté de médecine, il assure le support clinique de l’enseignement.

Au cours de la guerre d’Indochine, il est un important centre chirurgical de traitement des blessés français et vietnamiens. Sa capacité atteint alors 1500 lits.

En 1954, à la suite des accords de Genève, il est fermé.


Hôpital de Lanessan à Hanoï




L'HÔPITAL GRALL - SAÏGON


Hôpital Grall - Pavillon des malades

L’hôpital de la marine est édifié en 1867 et ouvert en 1873. Il passe à l’administration des colonies en 1890, reçoit Calmette qui y séjourne jusqu’en 1905, date de l’ouverture de l’institut Pasteur.

Le médecin général inspecteur Grall met en place, à partir de 1905, l’assistance médicale indigène et devient directeur général de la santé en Indochine. L’hôpital prend son nom en 1925.

Suppléé par plusieurs autres grands hôpitaux militaires (415, Coste…) implantés dans l’agglomération de Saigon-Cholon pendant la guerre d’Indochine, il assure un soutien médical majeur au corps expéditionnaire.

En 1958, il reste sous direction française, devient hôpital civil; il est pris en charge par les affaires étrangères. Avec une capacité de 560 lits, les médecins coloniaux français y poursuivent leur activité.

En 1976, il est rétrocédé au gouvernement vietnamien et devient un hôpital pédiatrique.


Entrée de l'hôpital Grall




L'HÔPITAL MAHOSOT - VIENTIANE


Entrée de l'hôpital Mahosot à Vientiane (1970)

Héritier des premières formations médicales créées sous Pavie, l'hôpital de la capitale du Laos s'appela un temps hôpital Médecin-capitaine Guénon, puis Hôpital Mahosot, ce qui signifie "le grand médicament", mais peut aussi se traduire par "l'endroit où l'on soigne avec compassion". Situé sur la rive gauche du Mékong, en plein centre de la ville, il est entouré de vénérables pagodes boudhiques. C'est un hôpital pavillonnaire qui dispose d'un pavillon pour les bonzes.

Sa capacité est passée de 120 à 450 lits par suite de l'accroissement de la population urbaine et de la diversification de ses activités.

Longtemps à vocation militaire, surtout pendant la période de conflit interne puis pendant les guerres d'Indochine, il entre ensuite dans le complexe hospitalo-universitaire, l'école de médecin royale, toute proche, étant devenue faculté. Il dispose d'installations techniques de qualité dans les différentes spécialités.

Ayant toujours fonctionné avec des médecins du Corps de Santé Colonial, les responsabilités ont été progressivement transmises aux autorités laotiennes, après l'indépendance du pays en 1953.




L'HÔPITAL COLONIAL DE PONDICHERY

Pondichéry est français pour la première fois en 1673. La ville prend une expansion considérable avec Dupleix en 1742 mais doit être cédée aux anglais en 1763. Elle redevient française sans interruption de 1814 à 1954, date à laquelle elle est rattachée à l'Inde indépendante. La présence française y reste forte marquée indéfiniment par l'alignement à angle droit des rues.

L'hôpital colonial date du XIX° siècle. Il est situé à la jonction du quartier créole et de la ville indigène et est conçu pour drainer une population de près de 300 000 habitants. Même limité aux malades sérieusement atteints, sa capacité ne correspond plus aux besoins et l'encombrement est devenu dramatique.

Après la seconde guerre mondiale, il comprend deux bâtiments de construction récente et classique, abritant la pédiatrie, une salle d'hospitalisation réservée aux fonctionnaires, et un second destiné à la maternité. Des bâtiment plus anciens abritent les services administratifs, le bloc opératoire, la pharmacie et les laboratoires. D'autres bâtiments encore plus anciens et au confort rudimentaire, destinés à l'hospitalisation remonte, disait-on, au temps de Dupleix. Enfin deux salles éloignées permettaient l'isolement des malades atteints de variole, choléra, rage et tuberculose...

Jusqu'en 1959, les médecins du Corps de santé colonial ont assuré le fonctionnement de l'hôpital, aidés par des médecins pondichériens, le personnel infirmier local est encadré par des religieuses-infirmières. L'enseignement à l'école de médecine est également assuré par les médecins du Corps.


Hôpital de Pondichery (1927)

Au moment du retour à l'Inde, un projet un peu utopique de Collège bilingue destiné à poursuivre l'enseignement et les soins est évoqué mais n'a pas eu de suite par manque de volonté et de financement. C'est au grand regret de la population locale que les médecin du Corps de santé colonial ont quitté cet hôpital.



L'HÔPITAL GIRARD ET ROBIC - TANANARIVE


Vue aérienne de l'hôpital de Tananarive

L’hôpital de Soavinandriana, hôpital-école fondé en 1890 par la "Medical missionary academy"est inauguré par la reine Ranavalo III. En 1895, après l’intervention militaire, réquisitionné par Galliéni, il héberge les militaires français. L’hôpital indigène d’Ankadinandriana accueille les patients transférés de Soavinandriana. D’abord transformé en hôpital militaire, il prend ensuite le nom d’Hôpital colonial puis, en 1957, d’hôpital Girard* et Robic*, en hommage aux deux découvreurs du vaccin antipesteux.

Transformé et agrandi entre 1902 et 1909, il est hôpital militaire puis rattaché au ministère des Colonies en 1926. Modernisé en 1963, sa capacité est portée à 450 lits.

Centre de soins réputé pour civils et militaires de toute la région, il devient, en 1979, hôpital militaire malgache. Une convention prévoit la présence de médecins militaires français, au titre de la coopération. A ce jour, il a repris son nom d’origine.

En outre, depuis 1929, il existe à Tananarive un grand hôpital d’assistance indigène, l’hôpital de Befelatanana.



Hôpital de Befelatanana




L'HÔPITAL PRINCIPAL - DAKAR

En 1882, il est projeté la construction sur un site proche du Cap Manuel, en face de Gorée, sur le plateau, d’une ambulance de 200 lits. En 1890, les premiers bâtiments de l’actuel hôpital sont construits et le quadrilatère historique central est terminé en 1897.

Très rapidement, l’importance de la ville justifie la construction de nouveaux bâtiments. L’hôpital s’accroit de façon considérable, sa capacité dépasse les 600 lits alors que s’individualisent services de gynécologie-obstétrique et de pédiatrie. L’hôpital perd son caractére militaire et s’ouvre à tous.

Après l’indépendance, en 1960, la direction et la gestion restent transitoirement françaises en vertu d’accords inter-gouvernementaux. Les médecins militaires français continuent toujours d’y exercer avec des médecins militaires sénégalais qui, progressivement, prennent en charge les principales responsabilités.

En 1993, la direction et la gestion demeurent toujours française et sont encore présents 22 médecins, 2 pharmaciens, et 2 officiers d'administration.

Par ailleurs, en 1912, un grand hôpital indigène est créé, doté de personnels du corps de santé colonial. C’est un hôpital d’assistance où sont admis les autochtones indigents. Il reçoit le nom de Le Dantec*. En 1960, il comptait un millier de lits.


Maternité de l'hôpital principal de Dakar

 


Entrée de l'hôpital principal de Dakar (1940)



LE FONCTIONNEMENT DES HÔPITAUX COLONIAUX

- Sur le plan administratif et financier :

Les textes de 1890 stipulent que le directeur du service de santé de la colonie est en même temps médecin-chef de l’hôpital . L’établissement est placé sous l’autorité du gouverneur. Les responsabilités administratives et financières incombent au commissaire colonial, successeur du commissaire de la marine.


Consultation ORL (Mali)

Dès 1895, les hôpitaux ouverts aux civils et aux autochtones, voient leur fonctionnement modifié : le médecin-chef dispose d’un gestionnaire et a pleine autorité sur le personnel. Bientôt, le cumul n’est plus possible et le médecin-chef de l’hôpital est distinct du directeur de la santé.

L’élément le plus original est certainement le financement de ces établissements. De maigres recettes (qui vont au Trésor public) proviennent de particuliers admis à leurs frais en consultation externe ou en hospitalisation. Mais l’hôpital relève d’une dotation budgétaire de la colonie. Il n'est pas question d’équilibre budgétaire. Les patients sont à 90 % pris en charge par les pouvoirs publics : les militaires ou fonctionnaires, européens et indigènes, ainsi que la masse des ressortissants de l’assistance gratuite. Comme d’autres services publics et comme l’ensemble du service de santé, l’hôpital est une prestation gratuite pour l’usager.

- Sur le plan technique :

Les laboratoires de biologie prennent rapidement une grande importance. Ils représentent un lien naturel avec l’institut Pasteur voisin de l’hôpital et participent grandement à la recherche.

L’évolution de la médecine et ses immenses progrès nécessitent de la part du médecin et du pharmacien qui y oeuvrent l’acquisition de titres hospitaliers (assistants, spécialistes des hôpitaux coloniaux, professeurs agrégés). Ces titres s’acquièrent lors d’affectations en France entre deux séjours coloniaux, habituellement à Marseille au Pharo, école d’application du service de santé des troupes coloniales. Ces professeurs agrégés ont vocation à enseigner dans les hôpitaux et dans les facultés qui naissent.

- Sur le plan psychologique :

Un long temps "d’apprivoisement" des populations a été nécessaire. Les réticences d’ordre culturel, la concurrence avec la médecine traditionnelle, le fait que la malade soit séparé de sa famille, etc..., autant de résistances qu’il a fallu progressivement vaincre.



LA MODERNISATION CONTINUE DES ÉQUIPEMENTS ET DES TECHNIQUES

Malgré l’éloignement et la parcimonie des budgets alloués, les hôpitaux coloniaux bénéficient des progrès techniques de la médecine.

En 1907, Audhuy*, ayant assisté à Bordeaux à la naissance de la radiologie, crée à Hanoi un service d’électricité médicale qui disposera du radium en 1921(M. Martin*). Progressivement, tous les hôpitaux coloniaux sont pourvus de services de radioscopie, puis de radiographie. En 1953, les méthodes d’hibernation artificielle et de "déconnection" sont appliquées aux grands blessés d’Indochine, en avance sur bien des hôpitaux de la métropole.

Carayon*, à Saigon puis à Dakar, Courson* à Dakar, J.F.Blanc* à Tananarive pratiquent les premières interventions de neurochirurgie.

En 1960, à l’hôpital Grall, Mazaud* effectue les premiers cathétérismes qui permettront à Cornet* et à Courbil* d’inaugurer la chirurgie cardiaque à coeur fermé.

En 1963, Constantin* introduit à Tananarive l’hémodialyse, le rein artificiel.

Au fur et à mesure des découvertes et des attributions budgétaires, les hôpitaux les plus importants bénéficient des techniques les plus modernes.


Bloc opératoire (Douala 1935)




L’ÉVOLUTION STATUTAIRE DES HÔPITAUX COLONIAUX

Les hôpitaux ont des destins particuliers en fonction des données politiques.

L’histoire, surtout après la Seconde Guerre mondiale, s’est considérablement accélérée. En Indochine, la guerre amène des restructurations en 1954. La reprise des activités militaires crée, avec la présence américaine, une nouvelle donne politique qui s’achève en 1976.

En Afrique, les événements politiques se sont déroulés dans un calme assez général, les indépendances ayant été acquises en 1960. Les hôpitaux et les autres structures sont remis aux autorités locales. Presque tous les hôpitaux continuent de fonctionner avec des médecins militaires en attendant les relèves nationales.

Certains établissements comme à Tananarive, Djibouti et Dakar, restent des hôpitaux pour les armées nationales. Ils continuent de recevoir une aide importante en personnel militaire médical français (médecins et pharmaciens) ainsi que des crédits du gouvernement français au titre de la coopération.

D’autres établissements, comme l’hôpital A. Le Dantec de Dakar, les hôpitaux d’Abidjan, de Tananarive deviennent centres hospitalo-universitaires, compte tenu de la qualité du plateau technique existant.

Après plus d’un siècle de fonctionnement pour les plus anciens d’entre eux, ces hôpitaux ont eu une glorieuse histoire. Ils ont répondu à leur mission qui était d’assurer les soins curatifs à l’ensemble des populations. Ces résultats sont excellents et les témoignages de satisfaction qu’ils ont généré sont en cela unanimes. Pour la plupart d’entre eux, leur activité se poursuit près de quarante ans après les indépendances, car ils ont su s’adapter aux évolutions sociales.


Hôpital central A. le Dantec à Dakar



Pour en savoir plus :

- Blanchard. - L'Ecole de médecine de l'AOF de sa fondation à l'année 1934. Ann .Méd. Pharm. Col.1935, 33, 80.
- Bouffard. - L'assistance médicale et l'hygiène publique en Côte d'Ivoire. Ann. Méd. Pharm. Col. 1930, 28, 513.
- Carayon A. - L'hôpital Principal de Dakar. 1880-2000. Plus d'un siècle d'histoire. Méd. Trop. 2000, 60, 11.
- Conan. Organisation du service de santé en AEF. Ann. Hyg. Méd. Col. 1913, 16, 1.
- Domergue-Cloarec D ; La santé en Côte d'Ivoire. 1905-1958. 2 vol.1386 p. Société pyrénéenne d'impression. Toulouse, 2à avenue du Lauraguais. 1986.
- Henric. Organisation du service de santé au Togo. Ann. Méd. Pharm. Col. 1924, 22, 100.
- Huot. – L'assistance médicale indigène au Gabon, Ann. Hyg. Méd. Col. 1912, 15, 266.
- Le Dentu. - Etat sanitaire de la colonie de la Haute-VoltaAnn. Méd. Pharm. Col. 1923, 21, 147.
- Martin G. – Existence au Cameroun. Monographie imprimée. Etudes sociales, médicales d'hygiène et de prophylaxie. BNF. Sciences et techniques 1921. 496.
- Rousseau M. Les services sanitaires dans les différentes colonies en 1927. Ann. Méd. Pharm. Col. 1929, 27, 505.
- Sarraut. A.- La mise en valeur des colonies françaises. 1 vol. Payot et Cie. Edit. Paris. 1923.


Page publiée le 11/01/2017.