LE CENTRE DE RECHERCHES DU PHARO

Pour le Corps de santé colonial, la recherche s’impose. Cet impératif est lié à la découverte de mondes nouveaux, de maladies inconnues, de la pharmacopée des guérisseurs, d’aliments originaux. Les premières études ne peuvent être entreprises que sur le terrain par les médecins et pharmaciens militaires coloniaux, en particulier dans les instituts Pasteur d’outre-mer.

En métropole, l’activité de recherche du Corps de santé colonial est le plus souvent menée de manière isolée, soit par des pharmaciens complétant une thèse d’État (Autret*, Créach*, Thébaud*) soit par des médecins comme Raynal* qui, profitant d’un affectation dans les camps de Fréjus, trace la carte des bilharzioses à Madagascar à partir de l’examen des militaires malgaches. L’absence outre-mer de documentation scientifique et de laboratoires spécialisés rend impossible l’achèvement de la plupart des recherches entreprises sur le terrain.

Souffrant le plus de cet isolement, les pharmaciens sont les premiers à demander la création au Pharo d’un "Centre de documentation et d’études des pharmaciens des troupes coloniales" (Cousin*, Ferré*, Bonnet*). Leurs démarches aboutissent en 1936.

L’objectif de ce centre est double : d’une part rassembler la documentation scientifique éparse dans les diverses revues scientifiques pour fournir aux pharmaciens coloniaux les éléments indispensables aux travaux qu’ils souhaitent entreprendre et d’autre part compléter l’étude des plantes de la pharmacopée indigène recueillies par les missions scientifiques, analyser les produits naturels coloniaux d’intérêt économique ou susceptibles de le devenir.

Cet objectif est élargi en 1938 au domaine plus vaste de la médecine tropicale et l’établissement prend le nom de "Centre de recherches et de documentation". L’organe essentiel est un laboratoire de biologie ou bactériologistes et chimistes peuvent travailler ensemble et "examiner toutes les questions concernant l’hygiène et la santé des troupes coloniales qui pourraient lui être soumises par le ministère de la Guerre. Il est doté de moyens scientifiques de recherche et de contrôle".


Centre de recherches du Pharo

La guerre survient et ses activités restent en sommeil jusqu’en 1947 ou il est "réactivé" sous le nom de Centre de recherche et de documentation de médecine tropicale "ayant pour mission essentielle de recueillir tous documents et de coordonner les recherches concernant la médecine tropicale ainsi que de diffuser les renseignements recueillis". En réalité, le premier laboratoire, celui de chimie, n’est achevé que fin 1953, consacré à l’étude des plantes alimentaires et médicinales.

Raynal* alors sous-directeur depuis 1951, sépare le centre de documentation du centre de recherches. Dans ce dernier, il crée deux sections, l’une tournée vers la parasitologie bientôt remplacée par la microbiologie, l’autre tournée vers la matière médicale et la biochimie.





LE LABORATOIRE DE BIOCHIMIE


Laboratoire de chimie des plantes alimentaires

Ce laboratoire réalise une étude approfondie des variations normales et pathologiques des protéines du sérum de l’Africain, puis, dès 1955, sur la demande d’organismes internationaux, l’analyse des ressources végétales alimentaires de l’Afrique de l’Ouest est entreprise en collaboration avec l’ORANA.

Les plantes sont récoltées en Afrique, envoyées à Marseille, identifiées et analysées avec les techniques les plus modernes de dosage des acides aminés constitutifs de leurs protéines. Busson* construit les tables nouvelles de composition des aliments et publie un ouvrage de référence : "Les plantes alimentaires de l’Ouest africain".

Le Centre du Pharo organise, sous l’égide du CNRS, le premier cours international consacré à ces techniques. Il est renouvellé cinq ans consécutifs.

Parallélement, Autret* organise, en 1952 et 1955, deux cours de formation de nutritionnistes qui réunissent 65 participants (médecins, pharmaciens, vétérinaires, agronomes) de diverses nationalités (français, belges, italiens, portugais, haïtiens).

 




LE LABORATOIRE DE BACTÉRIOLOGIE ET DE VIROLOGIE

En bactériologie, Lapeyssonnie* chargé par l'OMS d'une mission d'étude d'une épidémie de méningite cérébro-spinale au Niger en 1961 engage des études sur le méningocoque, redoutable microbe provoquant des hécatombes en Afrique.

Son laboratoire devient, le 1er janvier 1964, "centre international de référence OMS pour le méningocoque", dirigé par R. Faucon*, centre unique en France, actuellement centre collaborateur OMS de référence et de recherche pour les méningocoques.

Ces travaux sont prolongés par la création en 1965 d'un laboratoire d'immunochimie créé par Nicoli* et consacré à l'étude des constituants de la paroi du méningocoque ayant un pouvoir vaccinant.

Dans le même laboratoire, des travaux sont consacrés aux viroses tropicales. Le passage par la Camargue voisine de nombreux oiseaux migrateurs en provenance d’Afrique amène dès 1960 Beytout* et Chippaux* à étudier leur rôle dans le transport éventuel de virus pathogènes. La création d’un service de biologie moléculaire par Nicoli* renforce cette activité de recherche, consacrée à la biosynthèse virale.

En 1968, le Pharo devient l"Institut de médecine tropicale du Service de santé des armées" et le centre de recherches prend en 1979 le nom de "centre d’études et de recherches en médecine tropicale".

Toujours en service, ses travaux restent centrés sur la protection sanitaire des populations d’outre-mer. En particulier, depuis 1980, un laboratoire d’immuno-parasitologie est exclusivement consacré à l’agent du paludisme grave, Plasmodium falciparum : identification des souches résistantes aux antipaludéens, isolement d’antigènes protecteurs en vue de la réalisation d’un vaccin contre le paludisme.


Laboratoire de virologie


Page publiée le 11/01/2017.