Bandeau
ASNOM
Mari transve mare, hominibus semper prodesse

Site de l’Association Amicale Santé Navale et d’Outre Mer (ASNOM)

ACTUALITES EPIDEMIQUES : DE LA FIN DE L’HISTOIRE DU MV HONDIUS ET DES HANTAVIRUS A L’EPIDEMIE A VIRUS BUNDIBUGYO EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO.
Article mis en ligne le 8 juin 2026
dernière modification le 22 juin 2026

Mi-avril 2026, le risque de pandémie lié au Hantavirus largement relayé dans la presse a inquiété la communauté scientifique internationale qui l’a pris très au sérieux. Apparemment et finalement, cette flambée ne restera qu’une péripétie sans grande conséquence même si, comme le souligne l’article ci-dessous signé de Michel Huerre (Bx 66), des enseignements précieux peuvent en être tirés.

Hantavirus : des souris et des hommes, une épidémie insolite.

Passé cet épisode, voici que survient une autre situation préoccupante observée actuellement au nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC) concernant le virus Ebola.

C’est dès le 5 mai 2026 que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a été alertée de la survenue d’une « épidémie à forte mortalité d’une maladie inconnue dans la zone sanitaire de Mongbwalu, province d’Ituri, incluant des décès parmi le personnel de santé ». Le 15 mai 2026, le ministère de la Santé publique, de l’Hygiène et des Affaires sociales de la RDC a officiellement déclaré la 17e épidémie de maladie à virus Ebola en RDC liée au virus Bundibugyo, variant pour lequel on ne dispose pas de vaccin contrairement aux virus Ebola Zaïre ou Soudan. Après appréciation de la situation en lien avec les états concernés (RDC et Ouganda), l’OMS a, le 17 mai 2026, déclaré cette épidémie comme « urgence de santé publique de portée internationale » (USPPI) conformément au règlement sanitaire international (RSI) sans cependant classer à ce stade cet évènement comme une urgence due à une pandémie selon les critères du RSI. Cette décision de l’OMS fait suite aux constats suivants :
• Au 16 mai 2026, 8 cas avaient été confirmés en laboratoire, tandis que 246 cas suspects et 80 décès suspects avaient été signalés dans la province de l’Ituri, en RDC, dans au moins trois zones sanitaires, dont Bunia, Rwampara et Mongbwalu ; par ailleurs, 2 autres cas confirmés en laboratoire (dont un mortel) sans lien apparent, avaient été signalés à Kampala, en Ouganda, à 24 heures d’intervalle, les 15 et 16 mai 2026. De plus, des décès survenus dans un contexte évoquant la maladie ont été observés dans plusieurs zones sanitaires de l’Ituri et des cas suspects ont été notifiés dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu.
• Au moins 4 décès de professionnels de santé dans un contexte clinique évocateur d’une fièvre hémorragique virale ont été signalés dans la zone touchée, ce qui laisse à penser à de possibles lacunes concernant les mesures de lutte anti-infectieuse et fait redouter une possible amplification dans les établissements de santé.
• S’il existait alors encore beaucoup d’incertitudes quant au nombre réel de personnes infectées, le taux élevé de positivité des premiers échantillons collectés (8 échantillons positifs sur les 13 collectés dans différentes zones), la confirmation des cas à Kampala et à Kinshasa, ainsi que le nombre croissant de déclarations syndromiques de cas suspects et de groupes de décès dans la province de l’Ituri incitait à penser que l’épidémie était bien plus importante que ne le laissaient supposer les premiers chiffres rapportés par les autorités.

Situation de la zone épidémique.

Devant cette situation, l’OMS et des autorités sanitaires locales et régionales se montrent particulièrement inquiètes pour plusieurs raisons :
• D’abord le fait qu’il n’existe à ce jour aucun traitement ou vaccin spécifique homologué contre l’infection à virus Bundibugyo invitant les laboratoires à organiser des essais cliniques pour faire progresser la mise au point et l’utilisation de traitements et de vaccins candidats.
• Ensuite, un risque de propagation très élevé dans les 10 pays frontaliers de la RDC, l’Ouganda étant déjà touché, en raison de la mobilité de la population, du commerce et des voyages entre ces pays, ainsi que de l’incertitude épidémiologique persistante.
• Enfin et surtout, un contexte local associant insécurité persistante, crise humanitaire, forte mobilité de la population, nature urbaine ou semi-urbaine du foyer actuel et vaste réseau d’établissements de santé informels qui aggrave le risque de propagation, comme cela a été observé lors de la grande épidémie de maladie d’Ebola survenue en 2018-2019 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Pour l’OMS, cet événement « exige une coordination et une coopération internationales pour comprendre l’ampleur de la flambée, coordonner la surveillance, la prévention et la riposte, pour étendre et renforcer les opérations et pour garantir la possibilité de mettre en œuvre des mesures de lutte » et plusieurs recommandations classiques pour un tel cas d’espèce ont été formulées à l’attention des états concernés. Parmi celles-ci et en dehors des mesures bien connues qui concernent la protection et la formation des
personnels soignants, l’équipement des hôpitaux, l’existence d’un laboratoire de référence, le respect des chaines d’approvisionnement, le dépistage des cas suspects, certaines retiennent l’attention : on note ainsi la nécessité de renforcer la sensibilisation, la mobilisation et la participation communautaires, en particulier d’identifier et de surmonter les normes culturelles et les croyances qui font obstacle à la pleine participation des communautés à la riposte mise en place, celle d’effectuer un dépistage aux frontières et sur les principales routes intérieures afin de ne laisser passer aucun cas suspect, celle de veiller à ce que les funérailles et les inhumations soient effectuées par du personnel bien formé, en permettant les pratiques familiales et culturelles, celle de reporter les rassemblements de masse, toutes mesures dont on connait les difficultés pour les mettre effectivement en place a fortiori dans une zone qui est en pleine crise humanitaire du fait des conflits armés.

S’il a été recommandé de ne pas nuire à l’approvisionnement, les autorités locales ont fermé l’aéroport de Bunia, capitale provinciale d’Ituri, le 23 mai ce qui a créé une grande inquiétude de la part des ONG car il donne un accès à l’épicentre de l’épidémie et a fort heureusement réouvert le 27 mai. De leur côté, l’Ouganda et le Rwanda ont fermé leurs frontières avec la RDC allant ainsi à l’encontre des recommandations de l’OMS. Celle-ci souligne que ce type de restriction habituellement mis en œuvre sous l’effet de la peur et sans aucun fondement scientifique favorise le déplacement de personnes et de marchandises vers des postes-frontière informels qui ne sont pas surveillés ce qui augmente les risques de propagation, nuit à l’économie locale et peut avoir une incidence négative sur la sécurité et la logistique des opérations de riposte.

Dans une tribune publiée le 31 mai 2026 dans le Financial Times, l’agence sanitaire de l’Union africaine (Africa CDC) faisait état au 30 mai de 1100 personnes suspectes d’avoir contracté la maladie, de 263 cas confirmés et de 43 décès. Ces données ont été revues à la baisse par l’OMS lors d’un point presse le 2 juin considérant que de nombreux malades « ont été écartés après vérification et souffrent soit d’autres maladies, soit n’ont présenté qu’un épisode de fièvre sans autre symptôme. » A cette date, l’OMS fait état de 330 cas confirmés (dont 9 en Ouganda) et de 49 décès (dont 1 en Ouganda) ainsi que de 6 guérisons enregistrées et a ramené le nombre de cas suspects à 117 (dont 1 en Ouganda). Mais ces chiffres restent sujets à caution pour estimer l’ampleur de l’épidémie actuelle car peu de tests ont été effectués en laboratoire jusqu’ici, essentiellement par manque de moyens en RDC. Parmi les cas confirmés, le taux de létalité est estimé à 15 %.

Les informations concernant les chaines de transmission et les groupes de population affectés en zone épidémique restent encore limitées du fait du contexte local particulièrement complexe et il convient de rester très prudent pour juger de l’ampleur de cette épidémie. Pour l’OMS, les 10 pays frontaliers de la RDC sont à haut risque de propagation de l’épidémie. En revanche, le risque d’introduction du virus dans les pays hors de l’Afrique est actuellement considéré comme faible par l’OMS. Le 5 juin, le bilan fait état de 381 cas confirmés et de 64 décès et le 8 juin de 488 cas confirmés et de 98 décès ce qui rend compte de l’intensité de l’épidémie. L’OMS et le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) ont annoncé lancer un plan conjoint de 518 millions de dollars (449 millions d’euros), de juin à novembre, pour lutter contre l’épidémie d’Ebola en RDC et dans des pays limitrophes.

Médecins Sans Frontières en action en RDC.

Pour en savoir plus :

Fiche EBOLA OMS.

Fiche EBOLA Pasteur.