Bandeau
ASNOM
Mari transve mare, hominibus semper prodesse

Site de l’Association Amicale Santé Navale et d’Outre Mer (ASNOM)

ENTRÉE DANS LES ÉTUDES DE SANTÉ : LA PLACE REMARQUABLE DES TUTORATS SANTÉ EST RECONNUE.
Article mis en ligne le 9 juillet 2026

Dans le cadre des études en santé, étudiants et parents sont très souvent confrontés à la difficile équation consistant à se donner tous les moyens pour mener à bien la première année de ce cursus santé qui ouvre l’accès aux diverses filières MMOPK (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie, kinésithérapie). Malgré la suppression du numerus clausus, la sélection qui reste massive, la nouveauté que représentent l’arrivée en université et les changements de méthode par rapport au lycée, la pression psychologique élevée devant la peur de l’échec qui peut s’avérer sans recours, l’angoisse familiale souvent très présente conduisent un grand nombre à se tourner vers des dispositifs d’accompagnement, auxquels on peut donner le nom de « prépas » ou d’ « écuries ». Les dispositifs privés foisonnent dans ce domaine et ce recours est bien connu. Ce qui l’est moins de la part de ceux qui entament ce parcours et de leurs parents, ou bien qui leur apparait moins crédible, c’est l’existence de tutorats auxquels les étudiants donnent le nom de « Tut ».

Ces tutorats santé, créés par arrêté du 18 mars 1998, révisés en 2009, sont des dispositifs étudiants à but non lucratif qui permettent à chaque personne qui souhaite accéder aux études de santé dans les différentes filières MMOPK de bénéficier d’un accompagnement méthodologique et pédagogique assuré par des étudiants d’années supérieures (2ème et 3ème cycle) et placé sous la responsabilité du corps professoral universitaire qui forme et encadre ces étudiants-tuteurs. Il s’agit donc d’un véritable compagnonnage devenu outil universel de préparation aux concours de santé.

Le 24 juin 2026, les diverses associations étudiantes représentatives de chacune des 5 filières santé ont présenté leur « rapport tutorat santé 2026 » qui permet de documenter ces dispositifs étudiants d’accompagnement présents sur l’ensemble du territoire à partir d’une collecte de données effectuée par ces associations à la rentrée universitaire 2025. Les données fournies sont édifiantes :
• 88,6 % des étudiants en accès spécifique santé (PASS) y ont recours, comme 76,1 % de ceux inscrits en licence accès santé (LAS) et 87,7 % de ceux inscrits en licence sciences pour la santé (LSPS) ; globalement, 92,6% des étudiants inscrits en 2026 dans chaque filière ont eu recours à ce dispositif.
• Ceci représente l’implication pour chaque tutorat de 138 tuteurs et le réseau des tutorats santé regroupe 38 structures sur le territoire national. Le financement est assuré par les universités et les unités de formation et de recherche (UFR) avec mise à disposition de salles, accès au service d’impression, utilisation de lecteurs optiques et de tablettes, accès libre aux annales.
• Ces tutorats bénéficient d’une validation académique de leurs supports pédagogiques par les professeurs responsables des cours de première année et des examens. L’implication du corps enseignant est soulignée car tous les tutorats bénéficient d’une relecture des supports de sa part, et dans 10 % des cas de leur participation directe à la création des supports. Les contenus sont donc en conformité avec les attendus de la formation.
• 94,5 % des structures proposent une prérentrée (45 heures), centrée sur la remise à niveau scientifique, l’introduction aux enseignements et le travail méthodologique avec, dans la moitié des cas, intervention du corps professoral lui-même.

Toutes les structures proposent des examens blancs, en général 3 par an, avec établissement d’un classement. Des oraux blancs, devenus stratégiques, sont organisés par 89 % des structures et près de 80 % des étudiants concernés (admission au deuxième groupe d’épreuves) y participent, preuve que la préparation à l’oral est désormais perçue comme aussi déterminante que la préparation écrite.

La qualité de l’accompagnement humain constant est soulignée : 78,4% des tutorats santé réalisent des permanences pédagogiques et 82,8% en organisent au minimum une fois par semaine. Le parrainage, proposé par 100 % des tutorats, rassemble en moyenne 198 parrains et marraines par structure et 71,9 % des étudiants y ont recours. Cet accompagnement tend à se développer : ainsi, à Paris-Cité, les tuteurs sont formés à l’accompagnement en santé mentale ; à Saint-Antoine, des permanences de soutien moral sont organisées.

Point important, ces tutorats santé représentent du fait de leur gratuité (50 % d’entre eux sont gratuits) ou de la modicité de ses tarifs (12,30 €) qui correspondent au prix coûtant des prestations offertes, un levier d’égalité des chances. Les prépas privées qui n’ont pas de validité académique coutent en moyenne 4700 €. Il convient cependant de préciser que l’on ne dispose pas de données comparant les résultats obtenus par ces deux voies de préparation. Reste que nombre d’étudiants utilisent de fait ces deux alternatives….

Le rapport soulève l’existence de difficultés :
• Il démontre cependant l’existence de différences qui peuvent être notables entre les différentes structures témoins d’un degré de soutien variable à ces dispositifs selon les universités qui peuvent parfois avoir tendance à freiner les initiatives. Ainsi, certains tutorats ne sont pas autorisés à retranscrire les cours, au motif que les supports écrits décourageraient la présence en amphithéâtre ; l’accès aux annales n’est pas toujours garanti ; les grilles d’évaluation et sujets d’oraux blancs ne sont pas systématiquement communicables. Des tutorats se voient refuser l’organisation d’oraux blancs complets. L’effet est prévisible : là où le tutorat est contraint, les prépas privées occupent l’espace. Ceux qui peuvent payer trouvent ainsi une alternative ; les autres dépendent d’un dispositif que leur propre faculté entrave.
• La situation est encore plus tendue sur les sites délocalisés. Le rapport recense plus d’une cinquantaine d’antennes éloignées de plus de 100 kilomètres du site principal, où les enseignements sont majoritairement dispensés à distance. Dans ces contextes, les tutorats jouent un rôle de premier plan pour recréer du présentiel, du lien et de la méthode. Mais cela représente une charge financière lourde pour des structures dont les moyens restent fragiles.

Cet état des lieux qui reste malgré ces quelques points faibles très positif a conduit le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace à décerner le 11 juin 2026 aux 38 structures existantes, soit à la totalité d’entre elles, un agrément ministériel sur cet accompagnement qui peut d’ailleurs dépasser le seul cadre pédagogique pour investir les notions de bien-être, d’orientation voire de réorientation de l’étudiant.

Ces tutorats santé sont devenus, si l’on en croit leur fréquentation, incontournables et sont exemplaires à plus d’un titre. Parler d’accompagnement et de parrainage par ses pairs rejoint cette notion chère aux valeurs du monde médical de compagnonnage. Ensuite, si l’accès aux ressources d’accompagnement dépend de la capacité à débourser plusieurs milliers d’euros, la première année cesse d’être un filtre académique pour devenir, d’abord, un filtre social. Enfin, dans ce paysage qui n’en finit pas de se transformer depuis la suppression de la PACES et du numerus clausus, les tutorats constituent l’un des rares éléments de continuité : ils traduisent les règles locales, préparent aux examens, orientent, soutiennent, rassurent, et ils le font à un coût que les familles peuvent supporter.

Et, signe de leur succès et de leur reconnaissance, de nombreuses filières hors santé veulent aujourd’hui s’inspirer de ce modèle et créer leur propre tutorat.