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Site de l’Association Amicale Santé Navale et d’Outre Mer (ASNOM)

RAPPEL HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE DE L’OUTRE-MER FRANÇAIS
Article mis en ligne le 26 janvier 2024
dernière modification le 15 février 2024

Répartie sur plus de quatre siècles, l’expansion coloniale française a connu deux périodes :

La première, dite "course aux épices" (et au sucre, voire au "bois d’ébène") débute en 1534 sous François Ier. Elle atteint son apogée à la fin du règne de Louis XIV. Elle se termine sous Louis XV avec la perte de la quasi-totalité des territoires, après la défaite de 1763.

La seconde, dite "impérialiste" commence en 1830, sous Charles X et culmine sous la troisième République jusqu’aux années 1930. Elle décline dès la fin de la Seconde Guerre mondiale et prend fin à l’avènement de la cinquième République.

L’actuel outre-mer français, doté d’un statut particulier, se limite aux derniers témoins de cette longue histoire coloniale.

LE PREMIER DOMAINE COLONIAL FRANÇAIS - LES DÉBUTS

Après les premières grandes découvertes maritimes, le partage du monde à découvrir, en vertu de bulles pontificales, se fait entre l’Espagne, le Portugal, la France, les autres pays concurrents étant exclus.

En 1534, le malouin Jacques Cartier, à la demande de François Ier, part à la recherche d’une voie maritime occidentale vers le Cathay (Chine) et le Cipangu (Japon). Après avoir touché, la première fois, Terre-Neuve, il débarque au Canada et baptise le fleuve Saint-Laurent.

En 1541, à l’ambassadeur d’Espagne qui lui exprime les réactions de l’empereur Charles Quint, François Ier répond : "Le soleil luit pour moi comme pour les autres et je voudrais bien voir la clause du testament d’Adam qui m’exclut du partage du monde"

Un peu plus tard, en 1608, Samuel Champlain fonde Québec.

LE PREMIER DOMAINE COLONIAL FRANÇAIS A SON APOGÉE

Vers la fin du règne du Roi Soleil, le premier domaine colonial français est à son apogée. Il faut noter qu’il dépasse en surface les possessions britanniques.

Il est à dominante américaine (le Nouveau-Continent) et comprend les territoires suivants :

En Amérique :

 Sous le nom de Canada (dit Nouvelle-France) le bassin du Saint-Laurent, le pays des lacs et, à l’Ouest, des territoires non délimités ainsi que les territoires de la baie d’Hudson, l’Acadie, Terre-Neuve.
 Sous le nom de Louisiane, la vallée moyenne et inférieure du Mississippi.
 Plusieurs îles des Antilles : Guadeloupe, Martinique…, et la moitié de Saint-Domingue.
 la Guyane.

En Afrique :

 Le Sénégal, un comptoir à Ouidah (Bénin), l’archipel des Mascareignes (île Bourbon et île de France) et des bases à Madagascar (Fort-Dauphin).

En Asie :

 Des établissements et comptoirs en Inde, des "points d’appui" en Chine et à Bangkok.

LE PREMIER DOMAINE COLONIAL FRANÇAIS - SON ANÉANTISSEMENT

Aquarelle de statue africaine

En 1713, le traité d’Utrecht donne à l’Angleterre les territoires de la baie d’Hudson, l’Acadie sauf les îles situées à l’entrée du Saint-Laurent, Terre-Neuve et quelques îles des Antilles.

En 1763, le désastreux traité de Paris met fin à la guerre de Sept Ans. Il consacre la victoire, sur terre et sur mer de l’Angleterre ainsi que sa suprématie sur la France et l’Espagne.

La France cède la quasi-totalité de ses possessions : la Nouvelle-France (Canada), l’ensemble des terres à l’Est du Mississippi (Louisiane, Nouvelle-Orléans), plusieurs îles des Antilles, le Sénégal (à l’exception de l’île de Gorée), son emprise sur les Indes (à l’exception de cinq comptoirs). Cette spoliation est accueillie avec la plus grande indifférence par la population française.

Les bribes laissées à la France comprennent Saint-Pierre et Miquelon, l’île de Gorée, la Martinique, la Guadeloupe, Sainte-Lucie, la Guyane, la moitié de l’île de Saint-Domingue et les Mascareignes.

En 1783, le traité de Versailles rend à la France Tobago et le Sénégal.

En 1794, la Convention abolit l’esclavage que Napoléon rétablira en 1802.

En 1800, le premier consul récupère la Louisiane que la France avait cédée à l’Espagne en 1763. En 1803, l’empereur la vend aux États-Unis pour quinze millions de dollars. Sa surface est plus grande que celle des États-Unis de l’époque. Pendant les guerres napoléoniennes, les Anglais occupent le Sénégal, les comptoirs des Indes, les Antilles, Saint-Domingue.

En 1805, Trafalgar consomme la déroute et, en 1811, la France n’a pratiquement plus de colonies.

LE SECOND EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS - LE NOUVEL ESSOR

Dès 1814, le traité de Paris restitue à la France quelques unes de ses anciennes colonies : Saint-Pierre et Miquelon, les Antilles, Saint-Domingue, la Guyane, le Sénégal et les comptoirs des Indes.

En janvier 1830, le roi de France Charles X décide une intervention militaire contre le dey d’Alger pour un différend financier, sans orientation coloniale. L’armée française prend pied en Algérie et obtient la capitulation ou le ralliement des différents souverains locaux.

Par la suite, un nouvel empire colonial français se reconstitue. Des préoccupations philosophiques, humanitaires et religieuses viennent en renfort des intérêts commerciaux ou militaires de l’Occident.

En avril 1848, la seconde République abolit, à nouveau, l’esclavage.

Le second Empire s’intéresse surtout à l’Extrême-Orient : Obock, Nouvelle-Calédonie (1863), Cochinchine et Cambodge (1863).

Intérieur de la Citadelle (Hué 1928)

La troisième République marque la grande vague de l’expansion coloniale française, secondaire à la défaite de 1870 et favorisée par le traité de Berlin de 1885 qui laisse le champ libre à la France et à l’Angleterre pour réaliser le partage de l’Afrique.

Le service de santé dit "des colonies et des pays de protectorat" puis des troupes coloniales a en charge les services sanitaires des colonies et possessions françaises de 1890 à 1968, à l’exception des territoires français du pourtour méditerranéen qui relèvent d’autres tutelles administratives.

LE SECOND EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS À SON APOGÉE

Les colonies proprement dites, les protectorats et les territoires sous mandat constituent ce second domaine colonial. Fort disparate, il est beaucoup plus étendu que le premier. En 1939, il est peuplé d’environ 70 millions d’habitants et couvre 12 millions de kilomètres carrés répartis sur les cinq continents. Il est peuplé de "sujets français" selon la terminologie en vigueur, sauf dans les quatre communes du Sénégal peuplées de "citoyens français". En 1937, un décret accorde la citoyenneté à tous les "sujets ayant atteint un niveau d’instruction élevé et ayant rendu service à la France". Enfin, à partir de 1946, tous les ressortissants des pays d’outre-mer sont "citoyens français".

Le domaine colonial français est à dominante africaine et indochinoise :

 En Afrique du Nord : Algérie, Maroc, Tunisie.

 Afrique noire : Afrique occidentale et équatoriale, Cameroun et Togo après 1920.

 Afrique de l’Est et Océan Indien : Côte française des Somalis, Madagascar, La Réunion et les Comores. Terres australes et antarctiques (pour mémoire).

 En Asie : Comptoirs de l’Inde, Indochine (Cochinchine, Annam, Tonkin, Cambodge, Laos).

 Au Proche-Orient : Syrie et Liban entre 1920 et 1941.

 En Amérique : Martinique, Guadeloupe, Saint-Barthélemy, les deux tiers de Saint-Martin, Guyane française, Saint-Pierre et Miquelon.

 Dans le Pacifique : Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna, condominium des Nouvelles-Hébrides.

Le terme "empire colonial" désigne plus spécifiquement la période de 1870 à 1939 et ne comprend pas un ensemble institutionnellement homogène. Les territoires, selon leur statut, dépendent de ministères différents : intérieur, affaires étrangères, colonies.

LE SECOND EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS - LE DÉCLIN ET LA FIN

La "paix française" connait de nombreuses vicissitudes. Sous presque toutes les latitudes, à côté d’effets indiscutablement positifs, s’accumulent, à des degrés variables, des éléments défavorables à la colonisation : frustration, "code de l’indigénat", déculturation, inégalités sociales, dépossession des sols, humiliations et brutalités de certaines mesures ou de certains individus. Les différentes métropoles européennes ont à affronter au XX° siècle des mouvements nationalistes, parfois violents, de contestation, de résistance et de révoltes et ce, dès les années 1920, au Maroc et en Tunisie.

Plus tard, en particulier après la fin du Second Conflit mondial, la répression renforçant la rancoeur et le désir de revanche, les différentes colonies s’émancipent, par la guerre ou la négociation, de leurs métropoles respectives. C’est la décolonisation.

Pourtant, la France cherche à plusieurs reprises à réformer son système colonial :

 1944 : Conférence de Brazzaville instituant une participation accrue des autochtones à la vie du pays.
 1946 : Création de "l’Union française" par la quatrième République. Le terme de "France d’outre-mer" se substitue à celui de Colonies.
 1956 : La loi-cadre de Gaston Defferre élargit l’autonomie des territoires.
 1958 : Création par la Vème République de la "Communauté française" qui se dissout dans l’indifférence entre 1960 et 1963. Les anciennes colonies accèdent à leur indépendance.

L’ACTUEL OUTRE-MER FRANÇAIS

Il ne comprend plus que dix zones ou régions hors métropole :

 Quatre "départements d’outre-mer" (D.O.M.) : Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion.
 Quatre "territoires d’outre-mer" (T.O.M.) : Polynésie française, Nouvelle-Calédonie et dépendances (dont le statut est en cours de modification), Wallis et Futuna, Terres australes et antarctiques.
 Deux "collectivités territoriales" : Saint-Pierre et Miquelon, Mayotte.

Les liens tissés par la colonisation survivent encore dans la politique extérieure française sous deux formes :

 La Francophonie, organisation internationale dont les visées sont culturelles et socio-économiques
 La Coopération où l’ancienne métropole maintient des relations privilégiées avec ses anciennes colonies, en particulier africaines.

Pour en savoir plus :

 Cornevin R. et M. : La France et les Français Outre-Mer. 1 vol. 514 p. 1990 Paris Tallandier édit.
 Mathieu J-L : Petite histoire de la grande France. Les origines de l’Outre-Mer français. 1 vol. 148 p. 1989 Paris, Éditions Caribéennes Édit.