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Site de l’Association Amicale Santé Navale et d’Outre Mer (ASNOM)

LA PÉDIATRIE
Article mis en ligne le 29 janvier 2024
dernière modification le 12 février 2024

Les maladies infantiles revêtent sous les tropiques des aspects originaux. Le Corps de santé colonial a joué un rôle important dans leur identification et leur prévention. Les deux grands responsables de la mortalité infantile sont les périls infectieux et carentiels, souvent associés. Les autres affections pédiatriques n’offrent pas de grande particularité, en dehors des hémoglobinoses, anomalies génotypiques ethniques, responsables d’anémies graves et de décès chez les enfants africains et asiatiques.

Le risque infectieux procède d’affections cosmopolites parmi lesquelles les diarrhées et la rougeole sont les plus meurtrières. Les enfants ne sont épargnés par aucune des grandes endémies tropicales. Ils paient un tribut particulièrement lourd au paludisme.

Les insuffisances ou erreurs de l’apport alimentaire sont, en milieu défavorisé d’outre-mer, responsables d’affections carentielles parmi lesquelles les plus graves sont la malnutrition protidique (ou Kwashiorkor) et les anémies carentielles.

LES AFFECTIONS COSMOPOLITES

Giordani*, dans un rapport exhaustif traitant de l’ensemble des colonies françaises en 1939, mentionne les "maladies les plus fréquentes chez les enfants" : chez les moins de cinq ans, quel que soit le continent, les motifs de consultation les plus habituels sont les affections pulmonaires (favorisées par la nudité de l’enfant), les troubles digestifs (diarrhées et parasitoses intestinales).

Également cosmopolites sont les maladies dites "de l’enfance", qu’elles soient éruptives comme la rougeole et la varicelle ou non éruptives comme les oreillons, la poliomyélite ou la coqueluche. Le tétanos est fréquent : tétanos néo-natal dû à la ligature du cordon par un lien souillé, tétanos de l’enfant à partir de portes d’entrée diverses : plaies, otites chroniques, scarifications rituelles ou simple fixation d’un bijou.

Consultation pédiatrique

La plupart de ces maladies sont entrées en régression dès que les vaccins ont été disponibles et à partir des années 1970 quand l’OMS a lancé le programme élargi de vaccinations.

LES DIARRHÉES

Sous toutes les latitudes, un régime fortement ou exclusivement glucidique (bouillies de mil, de riz, de manioc, etc...) prédispose le nourrisson à la classique diarrhée des farineux. S’il se surajoute un agent infectieux microbien, viral ou parasitaire, le plus souvent amené par une pollution de l’eau, les signes cliniques s’intensifient pouvant aboutir à une gastro-entérite avec des vomissements. Ces derniers accentuent la déperdition d’eau et de sels ; une déshydratation importante conduit à la toxicose, état gravissime, l’un des grands responsables de la mortalité infantile en pays tropical.

Consultation itinérante

Le premier geste thérapeutique devant cet état est la réhydratation. Dans les premiers temps, on a recours à la seule voie orale, sachant que l’eau disponible ne devient potable qu’après 15 minutes d’ébullition. L’eau de riz est souvent utilisée. Au dispensaire et à l’hôpital, on injecte sous la peau du ventre du sérum salé que fournit la pharmacie d’approvisionnement. Dans les années 1950, la voie intratibiale a été utilisée ainsi que les voies sous-clavière et épicranienne en même temps qu’étaient proposés des solutés de composition mieux adaptée. Signalons enfin que dans les années 1970, l’OMS recommande de restreindre les indications des perfusions en utilisant le plus tôt possible des solutions buvables préparées à la demande en dissolvant dans de l’eau potable des "sachets de réhydratation" (glucose, sels de sodium et de potassium) largement distribués dans les dispensaires et les centres de PMI.

Il faut aussi détruire les agents infectieux associés. Pour les bactéries, on ne dispose au début d’aucun médicament efficace et l’on prescrit, entre autres, des bacilles lactiques (Lactéol). Après la Deuxième Guerre mondiale, arrivent les sulfamides d’action locale, du type sulfaguanidine (Ganidan), dotés d’une incontestable efficacité. Enfin, avec les antibiotiques, on dispose de puissants produits antibactériens. Associés aux techniques modernes de surveillance d’une réhydratation, ils modifient profondément le pronostic des diarrhées.

LES GRANDES ENDÉMIES TROPICALES

Aucune endémie tropicale n’épargne les enfants. Bien au contraire, plusieurs d’entre elles se contractent dans l’enfance et plus spécialement la petite enfance. Les comptes rendus et les rapports des médecins coloniaux rangent dans cette catégorie :

 Le paludisme, sans conteste, la plus meurtrière, aussi bien en Afrique qu’en Indochine. Quand il ne tue pas, il peut entraîner des désordres majeurs : l’enfant anémié, amaigri, foie et rate hypertrophiés, se développe mal et n’offre aucune résistance aux maladies infectieuses.

Ponction de la fontanelle (Dakar)

 Les syphilis non-vénériennes ou tréponématoses (béjel et pian). La contamination de l’enfant est très précoce par contact direct de plaies ou d’écorchures cutanées avec des lésions suintantes. Dans certaines régions d’Afrique, jusqu’en 1950, la séroposivité qui signe l’atteinte par le tréponème touche pratiquement 100 % des femmes. Les campagnes de traitement de masse engagées à partir de 1955 par le service des grandes endémies, ont pratiquement fait disparaître les formes cliniques contagieuses.

 La tuberculose dans les milieux défavorisés.

 La bilharziose, vésicale ou intestinale.

 La lèpre n’épargne pas les enfants, même si la maladie ne se révèle que plusieurs années après la contamination, alors qu’ils sont adultes. Par exemple, au Sénégal en 1960, un lépreux sur sept a moins de douze ans. Son évolution étant très lente, ces enfants grandissent, fondent des familles, tout en étant porteurs de lésions.

 Les vers intestinaux pullulent sous les climats chauds et humides, favorables à une longue conservation des oeufs et des larves contenus dans des matières fécales dispersées sans aucune règle d’hygiène. A côté des taenias, oxyures, trichocéphales et autres anguillules, deux parasites sont particulièrement dangereux pour les enfants : les ascaris et les ankylostomes ;

Distribution de vermifuge

Les ascaris ont un effet toxique et surtout mécanique, arrivant par leur nombre à obstruer l’intestin ou les voies biliaires. Nombreux sont les chirurgiens du corps de santé colonial qui, intervenant chez un enfant pour une occlusion intestinale, ont découvert une "boule" de centaines de vers dans une anse.

Les ankylostomes sont encore plus nocifs car, se fixant à la muqueuse intestinale, ils se nourrissent de sang (un tiers de millilitre par ver et par jour). Il en résulte une anémie sévère (à partir de 50 vers chez un enfant de moins de 15 ans, selon F. Blanc*), accompagnée de son cortège d’oedèmes et de troubles du développement intellectuel et somatique.

LA MALNUTRITION PROTIDIQUE - LE KWASHIORKOR

Au Cameroun, en 1929, un médecin de brousse, Lieurade* écrit : "Je fus frappé de rencontrer presque constamment [des enfants] dont l’aspect très particulier m’était jusqu’alors inconnu (et) que je prenais d’abord pour des anomalies congénitales de pigmentation. L’enfant est "rouge et blond". Il a deux à cinq ans, il est souffreteux et hébété ; en raison d’un oedème des joues et des paupières, sa tête paraît plus volumineuse ; l’abdomen, distendu par une ascite contraste lui aussi avec des membres graciles ; la peau est amincie, vernissée, craquelée ou saignotante, la diarrhée fréquente, etc...". Lieurade élimine une cause parasitaire mais ne trouve pas l’explication de ces "enfants rouges du Cameroun".

Il vient de faire une description clinique parfaite d’une maladie qui, quelques années plus tard, au Ghana est dénommée d’un terme local "kwashiorkor" (l’enfant rouge) et dont la cause est une carence protidique consécutive au sevrage.

Cette origine carentielle est déjà invoquée par Normet*, en 1925, en Indochine, chez les enfants atteints de la "bouffissure d’Annam" décrite par Guillon* en 1913.

Traitement des carences graves

L’origine alimentaire et pluricarentielle de ces troubles est éclaircie en 1950 par des missions en Afrique (Brock* et Autret*) et en Amérique centrale (Autret* et Béhar*). Raoult* et Bergeret* mettent au point des procédés cliniques et biochimiques de détection précoce de ces malnutritions. Rapidement entrepris, le traitement approprié fait chuter la mortalité de 80 à 20 %.

Le traitement consiste essentiellement au rétablissement d’une apport protidique suffisant ; il cesse d’être efficace dans les formes très avancées.

LES ANÉMIES NUTRITIONNELLES

Elles ont dues à la carence simultanée de plusieurs facteurs nutritionnels. En général, le déficit porte à la fois sur les protides, le fer et deux vitamines nécessaires à la maturation des globules rouges : la vitamine B12 et l’acide folique. Elles sont souvent associées à des anémies parasitaires.

Toury*, en zone rurale ouest-africaine consacre plusieurs études à cette pathologie et à sa prévention. Toutes ces enquêtes concluent à la nécessité d’une large diversification alimentaire. Le bilan de ces campagnes d’éducation alimentaire est très positif.

Pour en savoir plus :

 Badoual J. : Le kwashiorkor. Conc. Méd. 1975,97,14 2307-2317.
 Centre international de l’enfance : Conditions de vie de l’enfant en milieu rural en Afrique. 1 vol. Paris 1968.
 Centre international de l’enfance : Conditions de vie de l’enfant en milieu urbain en Afrique. 1 vol. Paris.1966.
 Thomas J. Sagnet H. Chastel C. Le Vourch C. : Le kwashiorkor de famine (ou de guerre). Press. Méd. 1971,79,38,1681-1685.