Une séquence survenue lors des discussions au Sénat sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), tend à illustrer les débats en cours depuis plusieurs années sur la pertinence et l’efficience des approches analytiques en santé mentale. En effet, le 23 novembre 2025, un groupe d’élus parmi lesquels l’ancienne ministre de la Santé et ancienne ministre déléguée à l’Autonomie, Madame Brigitte Bourguignon, a cosigné un amendement proposant d’insérer un article additionnel au PFLSS stipulant qu’à partir du 1er janvier 2026, « les soins, actes et prestations se réclamant de la psychanalyse ou reposant sur des fondements théoriques psychanalytiques ne donnent plus lieu à remboursement, ni à participation financière de l’assurance maladie ».
Bien que discutées brièvement en séance publique et finalement abandonnées, ces dispositions sont le reflet d’une polémique qui agite depuis plusieurs années autant le champ sanitaire que médico-social en particulier autour de l’autisme et des troubles du neurodéveloppement (TND). En effet nombreux sont les psychiatres et psychologues, mais aussi parents et associations, qui ne cessent d’alerter sur les dangers de ces approches dans le cadre des TND, surtout de l’autisme, estimant qu’il s’agit de pratiques inadaptées pour dépister et prendre en charge ces troubles, faisant perdre un temps précieux ; d’ailleurs, depuis 2012, la Haute Autorité de Santé (HAS) recommande leur abandon arguant de l’absence de données sur leur efficacité. Bien que cet amendement n’ait pas été maintenu, tout indique que ce débat reprendra, soutenu par plusieurs associations représentatives des personnes avec un TND et de leurs familles et par une pétition dite citoyenne rassemblant déjà 600 signatures.
Mais cet amendement ne se limite pas aux TND et concerne l’ensemble des actes et prestations relevant de la psychanalyse considérant, selon le groupe de sénateurs l’ayant cosigné, qu’il convient de recentrer, dans le cadre de la PFLSS, les prises en charge vers les soins les plus efficients, ce qui ne serait pas le cas de la psychanalyse dont les résultats ne font pas consensus scientifique. Toutefois, il serait sans doute difficile de faire la part de ce qui, dans l’activité d’un psychiatre ou d’un psychologue, souvent formés à ces approches qu’ils utilisent lorsqu’ils les jugent utiles, relève de la psychanalyse. Ici, la réaction a été très vive de la part de multiples associations représentatives de la psychiatrie publique mais aussi du syndicat national des psychologues qui estiment qu’une telle initiative aboutit à donner aux recommandations de la HAS un caractère quasi opposable et à substituer des normes administratives à l’appréciation clinique des professionnels en santé mentale. C’est, selon eux, imposer une vision réductrice du soin psychique alignée sur un modèle somatique, et l’expression d’une volonté de normaliser, protocoliser et faire disparaitre la clinique au profit de procédures.
Le débat est loin d’être clos, surtout autour de la prise en charge des TND et de l’autisme, mais Freud et Lacan ont dû un moment s’agiter dans leur tombe… et nombre de nos camarades psychiatres, s’arracher les cheveux !