Le projet Psygen conduit au sein de l’HNIA Bégin par le Médecin principal Emeric SAGUIN, psychiatre, et par le Pharmacien en chef Hervé DELACOUR, Professeur agrégé et chef du laboratoire de pharmacogénétique, a été récompensé le 22 janvier 2026 par le Prix 2025 de la Fondation des Gueules cassées remis par son président, le Général (2s) Luc BEAUSSANT, et fait déjà parler de lui dans les médias tant cette étude clinique représente une avancée qui peut s’avérer importante dans la prescription des antidépresseurs.
Depuis 2021, la Fondation des Gueules Cassées s’est engagée dans le projet PSYGEN, assurant un apport financier important en particulier pour l’acquisition des équipements, réactifs et outils informatiques pour le laboratoire de pharmacogénétique de l’HNIA Bégin et pour la conduite du projet scientifique.
D’une façon générale, on sait que l’efficacité des antidépresseurs est limitée (37 % des patients répondent favorablement à un premier traitement) et que leur prescription repose largement sur une approche empirique par ajustements itératifs qui implique d’attendre plusieurs semaines avant de pouvoir en apprécier l’efficacité. Ce délai expose les patients ainsi traités à de fréquents effets secondaires (asthénie, prise de poids, troubles digestifs ou sexuels) et ainsi à ne plus vouloir poursuivre leur traitement (seulement 30 % des patients poursuivent leur traitement au-delà de 6 mois). Dans ce contexte, en milieu militaire où les médecins sont amenés à prescrire ces médicaments face aux états dépressifs, aux stress post-traumatiques voire à des états anxieux généralisés, le projet Psygen représente une approche qui vise à éclairer la décision médicale dès la première prescription sans se substituer à l’indispensable relation thérapeutique qu’il convient de mettre en œuvre face au blessé psychique : il s’agit d’identifier le plus rapidement possible le traitement le plus adapté à chaque patient pour éviter échec et effets indésirables, en somme de personnaliser la prescription.
Pour se faire, le projet Psygen repose sur le fait qu’une part importante de la réponse aux antidépresseurs dépend de facteurs génétiques, encore insuffisamment intégrés à la décision thérapeutique. Les variations génétiques connues pour influencer la transformation et l’élimination de ces médicaments relèvent de deux enzymes hépatiques, les cytochromes CYP2D6 et CYP2C19, qui ne fonctionnent pas de la même façon chez tous les individus. En réalisant le génotypage en routine de ces cytochromes pour lequel le laboratoire de pharmacogénétique a été créé au sein de l’HNIA Bégin, il est possible de mesurer les capacités propres à chaque individu à métaboliser les divers antidépresseurs et donc de personnaliser la prescription, principe de base de la pharmacogénétique.
Dans le cadre du projet Psygen un essai clinique randomisé est mené en simple aveugle auprès de 97 militaires sur les HNIA Bégin (Saint Mandé), Percy (Clamart) et sur l’HIA Clermont-Tonnerre (Brest) répondant à une procédure bien établie. Les données pharmacogénétiques obtenues à partir d’un simple prélèvement sanguin sont transmises par le laboratoire dans un délai maximal de 8 jours au médecin prescripteur. Celui-ci dispose d’un algorithme décisionnel entièrement automatisé qui permet de standardiser l’interprétation des résultats lui apportant ainsi une aide claire, traçable et immédiatement utilisable, limitant les erreurs humaines, pour assurer sa prescription d’antidépresseur. Le recours à cet algorithme fondé sur des données scientifiques solides, assurant une fiabilité et une reproductibilité des préconisations associé à un circuit court de laboratoire, constituent les bases du projet Psygen capable de fournir un résultat exploitable au moment où se décide la prescription.
Les résultats intermédiaires de cet essai en cours jusque fin 2026 montrent une diminution des effets indésirables dans le groupe de patients pharmacoguidé et une réduction des symptômes à 8 semaines de 45 % versus 20 % dans le groupe standard. Ces résultats encourageants seront complétés ultérieurement par une analyse de l’adhésion au traitement, de son efficacité dans le temps, de son impact médico-économique.
Au-delà de l’intérêt que cette approche représente en milieu militaire pour les blessés psychiques, en particulier la prise en charge des stress post-traumatiques, et sachant qu’en France 13 millions de personnes seraient touchées par des troubles psychiques, on perçoit la possibilité d’une promesse discrète mais essentielle, celle d’un soin de la dépression qui serait plus personnalisé, plus rapide et, surtout, plus supportable par les patients.
Les psychiatres vont-ils, à l’avenir, se faire aider par la biologie pour leurs prescriptions ?
