ÉDITO n°7
Paul Augustin YVER* (ESA 2013)
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Christian PERRICHOT** (Bx 78)**
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Être médecin de la Marine nationale en 2026.
Depuis 400 ans, les bâtiments de la Marine nationale sillonnent les mers du globe pour protéger les intérêts de la France. Sous l’impulsion de Richelieu et de Colbert, ils embarquent dès la fin du XVIIème siècle un membre d’équipage qui devient rapidement une figure incontournable de la vie à bord : le médecin de Marine. Son métier connait aujourd’hui une mutation profonde. Les successeurs des anciens de Santé navale et d’outre-mer évoluent désormais dans un environnement où haute technologie, projection opérationnelle et polyvalence définissent le quotidien.
Que signifie, en 2026, porter l’ancre et le caducée ?
Un parcours de formation exigeant
Depuis 1722 avec les « Trois Vieilles » (les écoles annexes de Rochefort, Brest et Toulon) et 1890 avec l’Ecole principale du service de santé de la Marine (et des colonies en 1902) de Bordeaux, la formation du médecin de Marine a connu de nombreuses évolutions. Aujourd’hui, le choix de la Marine se fait après un cursus de 10 ans au sein de l’Ecole de Santé des Armées puis de l’Ecole du Val de Grâce. Le jeune diplômé de médecine générale se spécialise ensuite au cours d’une formation de 6 mois qui s’achève par la mission Jeanne d’Arc et l’obtention du brevet de médecine navale (6 à 8 médecins brevetés chaque année). Il va y acquérir des qualifications spécifiquement navales mais également une culture marine indispensable à son intégration à bord, au sein des équipages et des états-majors. Echographie, radiographie, biologie, hygiène navale, médecine de plongée mais aussi préparation opérationnelle et conseil au commandement sont autant de compétences qui témoignent des contraintes d’exercice du médecin de Marine en situation d’isolement dans des environnements aussi variés qu’une frégate, un sous-marin nucléaire ou un poste médical avancé.
Des théâtres d’exercice multiples
Embarqué sur un bâtiment de surface, il se voit confier la responsabilité sanitaire d’un équipage, assurant avec une équipe réduite le suivi médical d’une centaine de marins pendant des mois de déploiement. Il est à la fois généraliste, urgentiste et confident, gérant aussi bien les pathologies chroniques que les accidents de travail, les détresses psychologiques liées à l’éloignement que les évacuations sanitaires héliportées en pleine mer.
A bord des sous-marins, les médecins atteignent le paroxysme de l’isolement. Formés en chirurgie, en odontologie ou en physiologie de la navigation sous-marine, ils évoluent dans un environnement bien particulier où prévention et détection précoce des troubles revêtent une importance capitale.
Au-delà de l’embarquement, nombre de médecins servent dans les antennes médicales des bases navales – Toulon, Brest, Cherbourg – où ils assurent le suivi des personnels à terre.
D’autres rejoignent les commandos marines partageant leur entraînement extrême et les accompagnant sur les théâtres d’opérations les plus sensibles dans des conditions plus proches de celles rencontrées par leurs confrères de l’armée de terre.
La montée en puissance de la médecine de combat naval
Les récents déploiements en Mer Rouge, en Méditerranée orientale mais également en Baltique rappellent que la mer reste un espace de conflit. Les perspectives du retour du combat naval amènent à renforcer le concept de sauvetage au combat adapté à l’environnement particulier du milieu maritime. Aujourd’hui, chaque marin est formé aux premiers gestes de sauvetage et certains marins, appelés opérateurs santé, reçoivent une formation supplémentaire pour armer des nids de blessés et assurer les premiers soins. L’allongement des délais d’évacuation dû à l’isolement complexifie encore la prise en charge. La stabilisation des blessés dans le temps, « prolonge field care », est une notion bien connue des médecins de Marine. Elle s’étend actuellement aux réflexions de conflits de haute intensité où les standards d’évacuation seront revus à la hausse.
A bord du porte-avions ou des porte-hélicoptères amphibies (PHA), les rôles 2 embarqués sont au cœur de la chaîne de prise en charge des blessés au sein d’une force navale constituée. Véritables hôpitaux de campagne flottants, ils peuvent accueillir deux blocs opératoires complets et plusieurs dizaines de lits d’hospitalisation, projetant une capacité chirurgicale au plus près des zones de crise.
Une filiation revendiquée
La médecine navale suit l’évolution de 400 ans d’histoire et de transformation de la Marine nationale qu’elle soutient « sur mer et au-delà des mers ». Les bateaux changent, les marins changent mais les valeurs de disponibilités, d’adaptabilité, de sens du service et de fraternité d’armes accompagnées d’une exigence de l’excellence à chaque instant perdurent.
Malgré ces transformations, les médecins de Marine d’aujourd’hui se reconnaissent pleinement dans l’héritage de leurs aînés, de la bataille de Chesapeake aux grandes expéditions de Bougainville. Comme eux, ils partagent l’exercice solitaire au bout du monde, le soutien des marins isolées, éloignés de leurs foyers, la rudesse de la mer, de la jungle ou du désert mais aussi le goût de l’aventure, des missions, des escales et des navigations dans le Grand Nord ou dans la chaleur des mers tropicales.
Le médecin de Marine reste ce praticien singulier, à la fois soignant et officier, savant et homme d’action, profondément attaché à ses équipages comme à l’institution qui l’a formé.
Être médecin de la Marine nationale aujourd’hui, c’est conjuguer excellence médicale et engagement militaire, tradition séculaire et innovation technologique. C’est accepter de servir loin et longtemps, dans l’ombre des opérations comme dans l’intimité des consultations. C’est, enfin, perpétuer un idéal de dévouement que les anciens de Santé navale reconnaîtront sans peine comme le leur.
*Médecin, Médecin major du bâtiment ravitailleur de force Jacques Chevallier.
**Médecin chef des Services de Classe normale, Ex-conseiller médical du Chef d’Etat major de la Marine, ex-chef du Service de santé de la Force d’Action navale (FAN).